Domination totale
18/06/2026
La saison 1976 fut une saison capitale dans l’histoire de la catégorie 500 cc, car elle marqua le passage de l’ancien « Continental Circus » – immortalisé par le film éponyme du réalisateur français Jérôme Laperrousaz – à un Championnat du Monde d’un genre nouveau. Un championnat plus fascinant, plus spectaculaire et, si l’on veut, bien mieux adapté aux sponsors et à la télévision. Ce n’est pas un hasard si c’est à partir de 1976 que les Grands Prix ont commencé à être retransmis à la télévision avec une certaine régularité, et que le motocyclisme a cessé d’être considéré comme un sport de niche.
Le porte-drapeau de cette nouvelle ère fut Barry Sheene. Le pilote anglais était photogénique, pilotait la Suzuki XR 14 – la moto la plus convoitée de la grille – et était fiancé à Stephanie McLean, la plus belle fille du paddock.
Barry est un personnage qui crève littéralement l’écran. Fumeur invétéré, il côtoie musiciens et acteurs de la jet-set londonienne, affiche une personnalité exubérante et insouciante, et sur la piste, il est immédiatement reconnaissable à son casque intégral orné du visage de Donald Duck, le célèbre personnage de bande dessinée Disney. Chez Suzuki, il est considéré comme une sorte de héros depuis le 28 juin 1975, date à laquelle – alors qu’il se remettait encore d’une chute survenue lors des essais du Daytona 200, la jambe truffée de broches métalliques – il offrit au quatre-cylindres Suzuki sa première victoire en Championnat du Monde des 500 cc, en dépassant Giacomo Agostini à Assen, dans le virage précédant la ligne d’arrivée, lors du dernier tour. D’ailleurs, lorsque le constructeur d’Hamamatsu décida de retirer son équipe du Championnat du Monde des 500 cc, son nom fut le seul proposé à Team Heron, la structure britannique chargée de gérer l’équipe officielle Suzuki.
En 1976, le Tourist Trophy figura pour la dernière fois au calendrier du Championnat du Monde, alors même que les grands noms de la catégorie, à commencer par Sheene, refusaient depuis des années d’y participer. 1976 fut également la dernière saison où l’on vit MV Agusta sur la grille de départ, avec toutefois une équipe privée montée par Giacomo Agostini, resté sans guidon après le retrait de Yamaha fin 1975.
Le calendrier des 500 cc comptait 10 Grands Prix, la saison s’ouvrant le 25 avril au Mans et se refermant sur l’exigeante Nordschleife du Nürburgring le 29 août.
Barry décrocha la pole position en France, mais se blessa à la jambe lors d’une chute pendant les essais. Cela le pénalisa au départ – les pilotes devant, à l’époque, pousser leur moto pour la faire démarrer – mais cela ne l’empêcha pas de remporter le Grand Prix devant Cecotto et Lucchinelli.
Sheene s’imposa également à Salzbourg au terme d’un retour héroïque après un départ catastrophique, ponctué d’un dépassement spectaculaire sur Phil Read, alors en tête, lors du neuvième tour. Après le Grand Prix d’Autriche débuta sa série triomphale : Barry remporta le Grand Prix d’Italie au Mugello, battant Read au sprint sur la ligne d’arrivée, puis retrouva la plus haute marche du podium à Assen, lors du Grand Prix des Pays-Bas, en terminant avec 45 secondes d’avance sur son dauphin, l’Américain Pat Hennen.
Sa série se poursuivit avec une deuxième place en Belgique, à Spa-Francorchamps, où il fut coiffé au poteau dans le dernier tour par son coéquipier John Williams, puis avec sa dernière victoire de la saison en Suède, à Anderstorp, le 25 juillet.
À ce stade, alors qu’il reste trois Grands Prix au calendrier du championnat, Barry est mathématiquement Champion du Monde, devant Lansivuori et le débutant Pat Hennen. Grâce à sa victoire en Finlande, une semaine après la course d’Anderstorp, Hennen devient le premier pilote américain à remporter un Grand Prix du Championnat du Monde.
Tandis que l’hymne national américain résonnait dans les bois d’Imatra, Sheene était chez lui. Le titre assuré, il choisit de faire l’impasse sur les trois derniers Grands Prix du calendrier – Finlande, Tchécoslovaquie et Allemagne – pour entamer les célébrations par anticipation. Après son titre de 1976, Sheene récidiva l’année suivante, et lorsqu’il prit sa retraite des Grands Prix fin 1984, son palmarès affichait 23 victoires en Grand Prix au total (19 en 500 cc). Ces chiffres seuls ne rendent pas justice à sa grandeur.
Cinquante ans ont passé depuis ce 25 juillet 1976. Aucun pilote britannique n’a depuis lors remporté de titre dans la catégorie reine du Championnat du Monde, et Barry n’est plus parmi nous, emporté par une maladie incurable en 2003. Mais sa légende demeure intacte. Avec lui, le motocyclisme a cessé d’être un simple sport pour devenir un langage populaire.
C’est pourquoi Goodwood – le circuit du Sussex où Sheene remporta sa dernière course quelques mois seulement avant sa mort – a décidé de lui dédier ses trois événements moto de 2026 : le 83e Members’ Meeting, les 18 et 19 avril, le Festival of Speed, du 9 au 12 juillet, et le Revival, du 18 au 20 septembre. Le rendez-vous le plus important sera bien sûr le Festival of Speed, où Freddie Sheene, le fils de Barry, pilotera certaines des motos les plus emblématiques de la carrière de son père, vêtu d’une combinaison et d’un casque reprenant les graphismes qui ont fait la renommée du pilote britannique.